jeudi 25 juillet 2013

Mais non mais non, ça va!

Ne t'en fais pas, lecteur!

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On m'a dit que j'en avais déprimé plus d'un avec mon dernier billet!

Ce n'était pas le but, je vous jure! D'ailleurs, je me suis beaucoup amusé à rédiger cette courte présentation de mon nouveau boulot. Vrai de vrai. C'était très drôle de donner cette couleur «goulag» à ce que je vis depuis un tout petit peu plus d'un mois.

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Mais bon. Ce blogue, c'est une fenêtre qui donne vers l'intérieur. Et je tiens les rideaux plutôt serrés ces temps-ci.

Si j'ouvrais sur une pièce moins sombre?

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C'est une fenêtre pour moi aussi, au fait.

Un témoin de ce qui se passe dans ma trépidante vie d'écrivain et ce qui gravite autour.

Et je réalise que je consigne de moins en moins sur cette page. J'suis timide, que voulez-vous. Ici, c'est l'intimité. Sur la page Facebook, c'est l'interactivité. Ici, c'est la conversation entre vous et moi. Là-bas, c'est entre l'auteur et ses lecteurs.

Ça me gênait, tout à coup, de poster sans cesse à propos de mes bouquins, de noter chaque petite nouvelle qui concernait Averia.

Sauf que je me rends compte que, quand j'ai besoin de jeter un regard en arrière, c'est ici que je viens.

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Alors voici quelques petits morceaux que je ne voulais pas voir aspirés dans le grand broyeur de la page facebook.

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Je ne vous l'avais pas montré ici, hein? Le montage réalisé pendant la rédaction du premier jet d'Averia 5. Un an d'écriture en 180quelques photos.




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Et ici, le gâteau que Copine a confectionné en l'honneur de mon premier chèque de droit d'auteur.

Délicieux!


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Une annonce trouvée sur kijiji.

Comme m'a dit un ami, tu sais que tu as réussi quand des gens demandent à d'autres de voler ton oeuvre dans une librairie ;)

vendredi 19 juillet 2013

Le goulag du bonbon

Vous ai-je parlé de mon nouveau boulot?

J'oeuvre dans une confiserie industrielle. Une usine de bonbons.

C'est vraiment amusant. Imaginez Charlie et la Chocolaterie... mais sans les moments d'émerveillement entre les meurtres d'enfants.

Quand j'arrive le matin, je revêts un élégant costume de prisonnier politique et on me parque entre deux machines bruyantes. Très bruyantes. Des bonbons, ça ne se confectionne pas sous un arc-en-ciel au bruit des confettis qui neigent. Non, ça s'éjecte en un interminable rouleau acide, ça s'accumule à la tonne dans un gros bac jaune, ça se déverse en un flot continu dans une rangée de plateaux qu'il faut déplacer à un rythme infernal.

Les hommes et les femmes sont séparés dans le goulag du bonbon. Les uns restreints à des travaux physiques éreintants et abrutissants, les unes reléguées à des tâches déshumanisantes.

Chaque jour, je dois nourrir un convoyeur qui a été spécialement conçu pour briser, dans l'ordre : ma résistance, mes rêves et chacune de mes articulations. Pour rencontrer les quotas planifiés par les ingénieurs du plan quinquennal de la confiserie, mes humbles collègues ouvrières n'hésitent pas à trafiquer la vitesse du convoyeur pour lui donner l'allure d'un rouleau compresseur qui dévalerait le plus haut sommet de l'Oural.

Le taux de glycémie élevé des prisonniers rend le contact et les échanges humains hasardeux. Il existe certes une camaraderie, une complicité soudée dans la chaleur des énormes cuves qui transpirent gaz et acidité, mais elle trouve sa source dans l'ancienneté, dans l'usure des chaînes qui nous retiennent. Mes cicatrices sont encore trop fraîches, ma couenne pas assez endurcie. Alors, pour l'instant, on me tiens à l'écart. On m'accuse d'erreurs que je n'ai pas commises. On rapporte mes faits et gestes aux commissaires de la discipline.

Voilà! Voici comment je subviens aux besoins de ma petite famille par les temps qui courent.

Voilà comment, bonbon par bonbon, je me vide de ma moelle, de ma substance, de mon humanité...*

Pat le Confiseur.

*À prendre avec un grain de sucre, évidemment ;)

lundi 1 juillet 2013

La couverture d'Averia 4 et quelques petits mots échangés au sujet du bouquin

Photo par Luc Tremblay

L'Auteur s'essuie le front. Il fait nuit, mais les étoiles sont invisibles. Probablement à cause des lumières de la cité et des projecteurs braqués sur les grandes tour argentées. Pat s'arrache le cou à essayer de distinguer le sommet de l'une d'elle, puis abandonne. Il observe un moment les véhicules qui passent en sifflant sur les bandes magnétiques.
- Qu'est-ce que tu fous ici?

Quand Pat se retourne, Annika le dévisage, les bras croisés sur sa poitrine.
- Bel accueil...
- Désolée. Tu aurais préféré une parade, des fleurs et une banderole?

Elle est toujours nerveuse quand je viens la visiter, pense l'Auteur.
- T'as qu'à réécrire la scène différemment, si mon accueil ne te plaît pas. Tu ne te gênes pas, d'habitude.
- Oui oui, c'est bon, ça va! Je ne suis pas venu ici pour m'engueuler avec toi.

Annika grimace, mais l'éclat dans ses yeux change.
- On descend? Je n'aime pas cet endroit...
- Bien sûr.

Sans l'attendre, la Tharisienne fait volte-face et marche en direction de la rampe d'accès qui s'enfonce sous l'épaisse toile rouge tendue au-dessus des quartiers souterrains de l'arrogante capitale. Pat la suit aussitôt. Même s'il a imaginé la cité, il a un peu peur de s'y égarer s'il perd de vue sa Tharisienne préférée.
- Ouh, c'est plus humide ici!
- Ce n'est rien. Tu n'as pas encore mis les pieds dans les luxueux appartements dans lesquels tu m'as jetée pour ce tome-ci.
- Je croyais que ça te plaisait, pourtant! Tu sais, te sentir à la frange de la société, à part de la masse.
- Nah, la masse, je suis en plein dedans. Pour ne pas dire en plein dans la me...
- Et je ne t'y ai pas jetée toute seule, non plus! la coupe l'Auteur. Je t'ai envoyé Chernova.

Annika s'arrête en bas des marches et se retourne. Ouah... pense Pat. Drette là, si elle l'aurait pu, elle m'aurait assassiné.
- J'ai le droit de dévoiler des spoilers? demande-t-elle d'une voix candide.
- Euh... non. Vaut mieux éviter.
- Alors ferme-la avec Chernova, okay?

Pat déglutit et hoche la tête, docile. D'autres Tharisiens viennent en sens inverse.
- S'ils te sautent dessus et te tabassent parce que tu es Humain, ne compte pas sur moi pour te défendre, l'avertit Annika.
- C'est gentil, mais ils ne me verront même pas.
- Ah?
- Ouais, parce que... parce que...

L'Auteur se gratte le menton, tout à coup embarrassé. Les intrus se rapprochent et l'un d'eux, justement, le toise avec un regard interrogateur.
- Parce qu'ils sont pressés! s'exclame Pat. Ils doivent se rendre dans les tunnels pour l'exercice d'évacuation de la simulation de bombardement!

Les Tharisiens, qui bavardaient tranquillement il y a une seconde à peine, paraissent maintenant agités et se dépêchent dépasser l'Humain sans lui accorder la moindre attention.
- Tu vois?
- Ne t'avise pas de faire ça avec moi...
- Mais c'est ce que je fais tout le temps, quand je t'écris...

Annika fait un pas dans sa direction et se plante juste devant le nez de Pat. Elle s'approche encore. À cette distance, ses yeux bleus, véritables phares au milieu de son visage peint en noir, lui percent l'âme.
- Ne. T'avise. pas.

Elle recule en clignant lentement des yeux.
- Je t'ai fait mettre 20 000 mots à la poubelle pour ce tome-ci. J'ai refusé tes deux premières ébauches. Ne me force pas à recommencer pour le prochain tome.

Comme Pat ne répond pas, elle insiste. Sa voix est un souffle glacial sous l'immense toile rouge qui pèse au-dessus de leurs têtes.
- Compris?

Gloups...

lundi 24 juin 2013

940 millions de kilomètres

C'est la distance que la Terre a parcourue depuis que Fiston est parmi nous.

Fiston, sur ses deux petites jambes potelées. Fiston qui court me faire un câlin. Fiston qui piste les chats et qui poursuit le chien à travers la maison.

Fiston et ses cent milliards de neurones. Fiston et ses yeux qui pétillent. Et ses yeux qui clignent quand il est confronté à quelque chose de nouveau. Qui clignent fort fort quand il essaie finalement de m'aider à construire ma tour avec ses petits blocs plutôt que de jouer à Godzilla.

Fiston qui chille sur mes genoux, qui danse avec Copine, qui chante, qui bave sur ses jouets, qui rebaptise tous les objets de la maison.

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Fiston a parcouru 940 millions de kilomètres.

Il court plus vite que son père, le ptit maudus.

Je n'arrive pas à croire que ça fait un an. Que la Terre a fait un tour complet autour du soleil. Que Fiston a tant progressé. Qu'on a tourbillonné 365 fois et que Fiston et moi ayons réussi à garder notre équilibre malgré tout.

J'ai gardé les yeux rivés dessus pendant un an, mais, déjà, j'ai l'impression d'être en retard sur lui.

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Cédrick, le Prince des Hommes, le Fils des Âges Farouches.
et son père.

jeudi 20 juin 2013

Recommencer

Tout le monde dort (mes histoires commencent souvent par ça, tiens...) et je rôde sur ma pelouse. La lune éclaire trop fort, alors les étoiles se font discrètes. Par contre, de jolies lucioles clignotent sur mon chemin. Elles communiquent en code morse, mais ce qu'elles disent n'a pas beaucoup de sens... (leur conversation est peut-être cryptée?)

Les nuages passent tout près de la lune et ont la forme de fjords. De petites îles argentées dans le ciel.

Les criquets répètent pour je-ne-sais-quel concert. J'imagine quelques cigales parmi eux (c'est tout mignon, une cigale), musiciens de rue qui se taisent pour m'observer passer quand je traverse leur intersection, sous une branche grise.

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Copine veut que je vous écrive. Elle dit que mon précédent billet ne compte pas.

Alors voilà.

Je vous laisse sur cette photo de comment je me sens cette nuit.

Demain je commence un nouveau boulot.

Ça dit tout.

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Je manque de buter contre mon vieux foyer tout rouillé.

L'envie me prend d'y allumer un feu. D'y brûler mes cartables, comme si je finissais l'année scolaire. Je n'ai jamais fait flamber mes notes de cours. Mais là j'en ai envie. Le soleil se lèverait demain sur un petit tas de cendre humide de rosée... alors que je serais ailleurs. Prêt à tout recommencer.

Ah et puis non. Il est tard. Je vais me coucher. Le feu que je n'allume pas ce soir, je le garde pour demain.

Je l'aurai dans les yeux, tiens.

samedi 15 juin 2013

Des chiffres des chiffres des chiffres...

Ces maudits chiffres qui vous empêchent d'écrire...

dimanche 19 mai 2013

Sitting Bull, Ou le Taureau Mécanique et le Secret de Fille #2

J'adore observer les gens qui sont concentrés à leur tâches (à commencer par Fiston quand il empile deux jouets incompatibles et qu'il passe de longues minutes à essayer de les faire fitter ensemble). J'aime voir des gens absorbés par ce qu'ils font, épier leur regard, les traits de leur visage quand le reste du monde s'évapore autour d'eux.

Ça m'inspire. Ça me fascine. Ça magnétise mes neurones.

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Ami X m'invite à la fête d'amie Y.

Comme j'arrive un peu tard, le party est déjà pogné... et il y a aussi inconnus Q, R, S, T, U, V...

Ouf, pas évident pour M.Introverti (moi) de se tailler une place dans le groupe.

En plus, j'arrive, je n'ai pratiquement pas le temps de dire allo à qui que ce soit qu'on m'annonce qu'on change d'endroit. Amie Y veut aller faire du taureau mécanique.

Hum, que je me dis. C'est ptêt ma chance de m'éclipser. De rentrer et de lire sur le divan, avec les chats blottis dans les parages (oui, j'suis vraiment un gars de party). Mais Amis X et Y insistent pour que je vienne. Je prétends être allergique aux taureaux, avoir la phobie des corridas, que mes yeux se révulsent au contact de la musique country... Rien n'y fait.

De toute façon, c'est toi qui me lifte, m'assure Amie Y.

Je demande c'est où, on m'explique le chemin et... Ah. Tiens donc. C'est le bar qu'un de mes amis a tenté de retaper il y a plusieurs années. Il s'en était porté acquéreur pendant quelques mois et je l'avais «aidé» à le rénover. Ça allait servir de canevas pour l'Antre, le coin sombre dans lequel Myr s'enfonce dans le tome 3... J'ignorais que c'était devenu un bar western.

Curieux de voir si on a fait mieux que mon découpage approximatif au pinceau, je me fais une raison d'y aller.

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Et, une fois sur place, mes réflexes d'écrivain embrayent. Le petit mécanisme fait clic dans ma tête, grince quelques secondes, puis les roues dentelées se mettent à l'ouvrage.

Mes coups de pinceau sont toujours visibles, mais ce n'est pas ce que je remarque en premier.

Dans un coin du bar, à la table la plus près de l'imposant taureau mécanique (qui me fixe de ses yeux rouges, affamés, qui me pointe de ses nasaux bruyants [ok, ici, je fabule un peu]), se trouvent trois jeunes. Impossible qu'ils aient 18 ans. Babyface à l'os. Sauf que ce n'est clairement pas le genre d'endroit que les jeunes s'efforcent d'infiltrer en douce, à l'aide de fausses cartes. C'est une place de vieux. Amie Y veut y aller surtout par dérision. Y a des barils de pinottes entre chaque table. Ils donnent des chapeau de cowboys cheap à l'entrée...

Bref, j'épie mon trio. Candidats parfaits pour un vidéoclip de Nirvana. Un gars et une fille semblent former un couple. L'autre (la soeur, l'amie?) porte une calotte à l'envers, un chemisier blanc ouvert par-dessus un t-shirt foncé. Ils boivent une boisson transparente, servie dans un verre. Ce n'est pas de l'eau, car je vois qu'on la vends en bouteille (genre, 5$ chaque).

Je sors mon calepin imaginaire et je prends des notes.

Qui sont-ils? Que font-ils ici?

Ils ne discutent pas. L'une oscille un peu la tête au rythme de la musique, mais sans plus. Le gars, les cheveux longs, plaqués sous une casquette, palette à l'envers lui aussi, épluche des pinottes. Tous trois guettent le Taureau dans son enclos de plastique gonflé (comme les jeux gonflables pour enfants. Je découvrirai plus tard que la protection offerte n'est pas du luxe...).

Bon, comme ils ne font rien, je leur donne un peu de lousse. Je ne percerai aucun mystère à les fixer alors qu'ils ne bougent pas. Quand même, ils détonnent dans la faune locale.

Une bière se matérialise entre mes mains. Je paye un drink à Y, jase avec X.

Le type qui opère le Taureau mécanique se pointe. Y a hâte d'essayer. X me prédit qu'il tiendra plus longtemps que moi. Je lui promets de dresser la bête (échec).

Quand je tourne la tête vers la principale attraction du bar (après ma job de peinture rupestre au plafond, dans une autre vie du saloon)... C'est Fille #1 qui grimpe dessus en un bond expert. Le type, un panier de pop-corn à portée de main, manie ses leviers de Bull DJ et la bête s'active. Fille #1 tournoie, suit les mouvements, reste bien en selle, se cambre, perd l'équilibre lorsque l'animal change brusquement de direction, puis...

Ce n'est pas la première fois qu'elle fait du taureau mécanique. À mes yeux de novice, c'est une authentique championne. Même quand elle est soudainement éjectée (je tougherai la run une bonne minute de moins, quand j'enfourcherai le monstre, un peu plus tard).

Elle se relève, s'extraie avec aisance de l'enclos, va rejoindre ses amis.

Et... Ils ne rient pas, ne se moquent pas de sa chute rigolote (elle a pourtant percuté le mur soufflé dans un grand ploc très drôle). Non. Ils se concertent. Ils commentent sa performance. Je n'entends rien de ce qu'ils disent, mais je suis persuadé qu'ils discutent techniques, stratégies...

Je comprends de moins en moins.

Ils viennent pour ça. Pour ça.

Gars y va. Tout aussi habile que sa blonde, il garde la maîtrise de la bête pendant de longues minutes. Le Maestro du Taureau a beau lui sortir ses coups les plus retors, il s'accroche fermement. Sur les traits du jeune homme, au moins, je décèle du plaisir. Il a le souffle court, réagit aux défis de l'appareil sous la selle. Quand il se relève, il sourit et envoie la main à son adversaire derrière les commandes.

Mais c'est quand Fille #2 grimpe sur le Taureau que j'ai le souffle coupé.

Pas par son exécution, mais par sa concentration. Elle a l'air d'un soldat en mission. Son regard devient un laser qu'elle pointe sur la tête du Taureau. Elle doit avoir dans le visage le même sérieux que Sitting Bull quand il a annoncé aux chefs rassemblés des tribus de l'Ouest qu'ils vaincraient la cavalerie de Custer. Cette émule de Kurt Cobain qui monte sur l'appareil comme si elle partait au combat. Qui n'échange aucun regard avec ses compagnons sioux, déterminée à ficeler les sabots de la bête mécanique, à prouver sa valeur sur le champ de bataille, en solo.

Le DJ appuie sur les boutons de sa console, envoie son bestiau sur la gauche, dans un tournoiement tout en douceur. Fille #2 suit le mouvement, nullement impressionnée. Elle surfe sur les vagues avec aisance, le regard toujours braqué sur l'animal fourbe. Celui-ci accélère, se cabre, pivote. Mais Fille tient bon. Je dévie vers ses amis. Ils l'observent, analysent, se taisent.

D'une main, Fille chasse sa couette qui se déverse sur son épaule et rajuste sa casquette. L'erreur que le BullDJ attendait! Je le vois braquer sa manette sur la gauche. La machine réagit instantanément, se propulsant dans la direction opposée au moment où Fille est le plus vulnérable. Horreur, elle attrape à deux mains la corde qui sert de rêne (un déshonneur, d'après ce que je comprends de ce sport)! Sitting Bull glisse sur le côté de l'animal et se retient de toute ses forces. Elle valse un bon moment, toute griffe plantée dans la chair du Taureau, avant que sa monture ne se calme, incapable de se débarrasser de cette cavalière fermement accrochée à son flanc. Quand elle se rassoit, Fille a maintenant des airs de Clint Eastwood. Se superposant aux paroles de Shania Twain, les mélodies d'Ennio Morricone dévalent la montagne, comme une embuscade d'Apaches. Fille rajuste sa chemise blanche et jette un regard de tueur au maître de la bête.

Et...

Et... et...

Après un combat âprement disputé, elle finit par être catapultée à son tour.

Ils y retournent tous une ou deux fois, toujours aussi concentrés, toujours aussi absorbés. Mais ils doivent espacer leurs tentatives, attendre après Q,R,S,T,U,V,W,X,Y et moi. Puis ils partent. Ils ont avalé une seule consommation le temps que j'ai été là. Ont livré la guerre au Taureau mécanique. Mais sont repartis avec leurs secrets.

Secrets que j'espérais percer avec ma plume en écrivant ce billet.

Mais je ne sais toujours pas.

Qui sont-ils? D'où viennent ces mystérieux chevaucheurs? Dans quel but affinent-t-ils ainsi leur adresse au rodéo?

Le couple s'en est allé, bras-dessus bras-dessous. Je les ai vu par la fenêtre (dont j'ai remplacé un carreau il y a une autre vie). L'autre a disparu je-ne-sais-trop-où.

S'il y avait eu un soleil couchant, c'est sans doute la direction qu'elle aurait prise.

Leur mystère demeure entier, mais je sais une chose.

Quand j'écrirai un personnage déterminé, c'est le visage de Fille #2 que j'aurai en tête, avec son regard de Sitting Bull.